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« Thalasso » de Guillaume Nicloux

mardi 10 septembre 2019, par Sébastien Bourdon

La honte de la France

Michel Houellebecq débute une cure thermale à Cabourg sur les conseils éclairés, mais pas forcément avisés, de son épouse nipponne.

L’arrivée du plus célèbre de nos écrivains français contemporains au sein de l’établissement Thalazur se révèle évidemment une source inextinguible d’hilarité.

En effet, peut-on imaginer corps - et surtout esprit - plus inadapté aux bains glacés comme bouillants, aux peeling de boue et d’algues, aux massages tonifiants ? Ce que subit dans les premiers moments du film Houellebecq pourrait suffire à justifier le déplacement en salle, tant l’absurde des situations est ici poilant.

Mais les temps sont vraiment douloureux pour notre chevalier à la triste figure : non seulement les soins sont pour lui une torture, mais de surcroît on lui interdit strictement en ces lieux la consommation d’alcool comme de tabac (même à l’extérieur !).

Ce début de film, vivifiant comme une cure, atteint des sommets quand, alors qu’il se cache pour fumer, l’écrivain tombe sur Depardieu dans la même posture, également obligé de se dissimuler du personnel pour jouir de ses petits vices épicuriens.

Drôle d’endroit pour une rencontre, mais qu’importe, la truculence de l’un balaie la réserve de l’autre et Gérard emmène Michel dans sa chambre disserter de la vie, de l’amour et de la mort autour de quelques grands crus qu’il y a cachés. Depardieu se fait une fois de plus le meilleur porte parole d’Hemingway : «  la fumée conserve les viandes et l’alcool les fruits ».

La ficelle est presque un câble, tant il est difficile de ne pas voir dans ces deux artistes égarés ici la symbolique de ce qu’ils sont dans la vie réelle, des personnalités artistiques hors normes perdues dans une France devenue bien trop aseptisée.

L’on constate ici une fois de plus que si Houellebecq ne réalise pas de film, ceux dans lesquels il joue rejoignent toujours ses obsessions d’écrivain comme sa vision du monde (ainsi du génial « Near Death Experience » de Kervern et Delépine dans lequel il avait même réussi à caser son obsession pour Black Sabbath). Sa patte marque fermement l’œuvre filmée et donne - pour peu qu’on goûte sa prose - très envie de ne définitivement jamais manquer ses apparitions cinématographiques.

L’on retrouve ici évidemment son désenchantement dépressif, mais également le mysticisme qui marque son œuvre. Après avoir discuté boustifaille et alcool, nos deux acolytes discutent trépas, et si Depardieu déclare - comme dans la vie réelle - porter les disparus en lui, Houellebecq refuse la mort comme fin et évoque les larmes aux yeux la possibilité de revoir finalement sa grand-mère.

Afin d’étoffer un peu son film - quand ce n’était pas forcément nécessaire - Guillaume Nicloux ajoute aux péripéties thermales de nos protagonistes celles d’une troupe de pieds nickelés. Ces derniers font irruption dans le film, en augmentant la charge comique, mais sans forcément apporter grand chose au propos.

Il ne sera de toute façon surtout tenu rigueur de rien au réalisateur tant ce film drôle et foutraque se révèle une sacrée bouffée d’air iodé.

Sebastien Bourdon

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