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« Ray & Liz » de Richard Billingham

mercredi 1er mai 2019, par Sébastien Bourdon

Yours is no Disgrace

Dans le Birmingham des années 80, Ray et Liz vivent d’assistanat, y consacrant l’essentiel du peu d’énergie dont ils disposent. Ces adultes calamiteux livrent de ce fait leurs trois fils à une autonomie forcée, faite d’ennui et d’imagination mélancolique.

Film indéniablement intense et perturbant, il l’est encore plus lorsque l’on découvre les travaux antérieurs de son réalisateur, d’abord photographe de son état. En effet, avant de filmer cette représentation de ce que fut son enfance, il a longuement photographié sa famille de son vivant, sans épargner aucun détail.

Partant de ce qu’il a donc d’abord vécu, puis mis en images immobiles, Richard Billingham s’est donc attelé à faire de sa jeunesse assez misérable un film, aussi terrassant que fascinant.

Optant pour la pellicule argentique 35 mm afin notamment de donner à ses images le grain de l’époque, le cinéaste naissant - mais photographe accompli - nous expose crûment et avec un soin maniaque la vie quotidienne de ces laissés pour compte du thatchérisme au fin fond de la guère riante banlieue de Birmingham (se souvenir que c’est là qu’est né Black Sabbath, groupe au logo fièrement cousu sur la veste en jeans de l’un des protagonistes).

La photographie de la pauvreté affiche alors une paradoxale grande beauté plastique, pouvant laisser penser aux travaux de Nan Goldin (même si on n’est pas vraiment ici dans la déglingue branchée) ou plus simplement, être vue comme la continuité des travaux photographiques de l’auteur.

La construction du film n’est pas moins audacieuse, faite d’allers et retours dans le temps. La narration est ainsi découpée en trois périodes distinctes, chacune revenant systématiquement vers le chemin futur d’un Ray vieilli, reclus dans sa chambre, partageant le temps qui lui reste entre le sommeil et l’alcool.

Ces sauts spatio-temporels sont admirablement amenés, nous laissant parfois dans une courte interrogation pour simplement ensuite réaliser que ce sont les mêmes enfants, dans la même crasse, mais qu’ils ont grandi.

Le film montre une laideur parfois insoutenable (même s’il s’en évade ponctuellement ou même en rit) mais parvient à en extraire une poésie indéniable. C’est probablement de cette beauté inattendue, de cette persistance inexplicable d’un amour boiteux, que le réalisateur a tiré la force de se sortir de cette misère pour pouvoir en parler ensuite avec autant de force et de légitimité.

C’est un poncif que d’évoquer un film qui vous hante, mais il semble qu’il soit ici particulièrement juste.

Sébastien Bourdon

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