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« Plaire, Aimer et Courir Vite » de Christophe Honoré

jeudi 24 mai 2018, par Sébastien Bourdon

La vie, l’amour, la mort

Jacques, un écrivain en fin de trentaine, gentiment hédoniste et élégamment déprimé (exceptionnel Pierre Deladonchamps) rencontre l’amour par hasard (et pas rasé) dans une salle de cinéma où il s’est réfugié lors d’une excursion barbante en province (Rennes). La décontraction et la fraîcheur d’Arthur, un jeune étudiant local (Vincent Lacoste), le charment plus que de raison, d’autant que, malade, il se sait condamné à plus ou moins court terme.

Qu’il est terrible ce sentiment quand il est déjà trop tard. Jacques ne souscrira à cette fusion amoureuse que partiellement, se refusant aussi bien à renoncer à sa vie gentiment fantasque que de s’abandonner complètement à l’idée de la mort qui vient.

Nos deux garçons vont donc se tourner autour, plus ou moins à distance, rappelant à nos mémoires les joies du téléphone fixe et de la carte postale. Ils poursuivent leurs existences sans être capables de s’oublier. L’un pense qu’il est raisonnable de ne pas s’attacher quand l’autre y voit une froideur adulte que la fougue de la jeunesse refuse d’accepter.

On ne peut évidemment pas lutter, surtout quand c’est si vivant, si gai oserait-on dire.

L’amour au temps du SIDA revient donc sur les écrans après un acclamé « 120 battements par minute » (Robin Campillo) qui ne nous avait pourtant pas complètement convaincus. Ici, point de politique, et le film n’est documentaire qu’en ce qu’il revient aux vêtements, aux musiques et même aux objets d’une époque et d’un lieu (la France de 1993).

Nullement figé dans la reconstitution, le film d’Honoré semble finalement plus tangible et réel, fait de chair et de sang.

Rien n’est pourtant laissé au hasard par le cinéaste et la volonté affichée de citer ça et là ses appétences culturelles se fait sans inutile affèterie, jusqu’à donner au film une évidence lumineuse et une crédibilité dans l’universalité du propos.

Aucun maniérisme donc et si les choix musicaux sont très ancrés dans une culture et une époque (l’opéra et Prefab Sprout), les autres références ne sont pas moins savoureuses : la tombe de François Truffaut évidemment, mais aussi le fils de Jacques plongé dans ce chef d’œuvre de la littérature qu’est « La guerre des Sept Fontaines » (Peyo - de mémoire deuxième apparition au cinéma de Johan et Pirlouit après « La Femme Infidèle » de Chabrol).

Dans la vie, on aime, on souffre, on rit et on meurt. Tout désir est absurde et vain, plus encore celui d’être ensemble, et pourtant comment y résister ? Seule la mort donne brutalement la note finale, quand vient le moment de la jouer.

Sébastien

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