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Le Soleil pour les Gueux

« The Florida Project » de Sean Baker

lundi 8 janvier 2018, par Sébastien Bourdon

« The Florida Project » de Sean Baker

Orlando, Floride, de nos jours, dans la moiteur de l’été. Si le film s’attache surtout aux pas des enfants, il ne manque pas de s’attarder, par de beaux et larges plans, sur ces motels multicolores qui constituent une sorte de banlieue pauvre de Disneyworld. Le terrain de jeux des bambins omniprésents est rose et mauve, mais sitôt les lieux abandonnés par les hommes, c’est le vert luxuriant des Everglades qui s’insinue partout.

Prévus pour le tourisme des moins riches voyageurs, ces établissements hôteliers de seconde zone ont fini par servir de gîtes d’étapes plus ou moins longues à une population déclassée, marchant depuis longtemps sur les chemins vicinaux jouxtant de loin en loin l’autoroute du rêve américain.

Moonie (étonnante Brooklynn Kimberly Prince), si petite fille agitée soit-elle, est finalement plus raisonnable que sa mère Halley (Bria Vinaite, « personnalité Instagram », nous prenons acte de l’existence de ce concept). Femme enfant aux traits tirés, au joli corps trop maigre couvert de tatouages, Halley traîne sa lymphatique langueur, prête à de tristes compromis pour survivre, ayant depuis longtemps refusé le sort d’esclave capitaliste que la vie lui promettait. Elle ne retrouve de l’énergie que lorsque quelques dollars lui permettent, à elle et sa fille, une orgie vengeresse de junkfood ou un shopping multicolore et clinquant au mall du coin.

Le reste du temps semble embrumé chez cette femme qui se noie dans les substances et ses propres mensonges, seuls remèdes qu’elle ait trouvés à l’injustice du monde.

Si le film colle aux basques des mômes, il décrit en filigrane, vus de leur hauteur, les adultes qui les entourent. Si l’on excepte un pédophile particulièrement répugnant, les petits sont environnés de personnalités écrasées par l’existence, mais plutôt bienveillants, les laissant ainsi vaquer dans un monde auquel seuls ces âges peuvent donner un caractère merveilleux. Livrés à eux-mêmes, les enfants font de tout un jeu, avec une énergie sans failles.

Personne ne semble ainsi réellement prêter attention à leurs activités, si ce n’est la personnalité discrètement soucieuse du gérant (Willem Dafoe), pudique et généreux.

Alors que le film semble principalement fait de saynètes décrivant les aventures des enfants, s’insinue dans cet espace de liberté permanente un déroulement narratif que l’on ne perçoit pas immédiatement. L’éternel damnation de la classe ouvrière en est l’évident ressort, mais ces enfants exclus du monde de Disney semblent à même de faire front en souriant, s’exclamant devant des vaches : « tu vois, je t’ai emmenée faire un safari ».

Sébastien

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