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« Le Lambeau » de Philippe Lançon

samedi 10 août 2019, par Sébastien Bourdon

L’année Terrible

Il me semble toujours absurde d’écrire sur l’écriture. Et s’agissant d’un bouquin comme « Le Lambeau », la modestie est de rigueur, tant pour l’exemplarité du style que pour ce qui y est narré.

Nous qualifierons d’abord d’extrêmement mitigée l’envie de le lire, pour toutes sortes de raisons, plus ou moins légitimes. C’est de manière presque anodine et inconsciente que je m’y suis finalement récemment attelé en le ramassant machinalement sur une table au domicile de mes parents.

Dès les premières pages, une certaine manière de nous plonger dans ce qui a précédé, ce qui s’est produit et ce qui suivra, nous happe et nous ramène sans cesse à une lecture palpitante et douloureuse.

Au milieu de toute cette souffrance et de cet effroi, sont convoquées les figures de Bach et Bill Evans, de Balzac et Hergé, de Rossellini et John Ford. Tout cela est fait sans étalage inutile et prétentieux, mais plutôt comme le rappel d’une vie antérieure qui pourrait faire béquille au présent, dans un futur devenu violemment abstrait.

Mais l’oeuvre parle de l’époque. J’expliquais à une enfant qui m’est chère le fait que les westerns, et surtout les plus beaux, sont crépusculaires, puisque décrivant la fin d’un monde, le surgissement des barbelés sur la prairie.

Ce que je lis en filigrane dans « Le Lambeau », c’est la possible disparition d’une certaine civilisation (Houellebecq revient d’ailleurs souvent dans l’ouvrage, dernier auteur évoqué par ceux qui allaient mourir).

Lançon invoque ce monde, des joies de l’esprit aux usages socioculturels parfois désuets. Le charme plutôt que le panache. On voudrait s’accrocher à cet univers, l’empêcher de couler et disparaître, le croire résistant aux balles, lui pardonner comme à un enfant qui aurait fait des bêtises, en lui disant de rester comme à une femme dont on ne voudrait pas qu’elle s’en aille.

Écrire pour les vivants en n’oubliant pas les morts, a déclaré Lançon à propos de son travail. Il me semble que cette exigence, ici particulièrement essentielle, est parfaitement remplie.

Sébastien Bourdon

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