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"Lady Bird" de Greta Gerwig

The very best version of yourself that you can be

lundi 16 avril 2018, par Sébastien Bourdon

La bande-annonce ne dissimulait pas le projet, nous voilà face à un récit d’apprentissage dans sa forme la plus classique : comment une année de vie vous fait entrer pleinement dans l’adolescence, pour finalement en sortir en quittant le lycée, à l’arrivée de l’été à Sacramento. Sur ce terrain pourtant archi balisé, Greta Gerwig - qui signe là son premier film - tire habilement son épingle – à cheveux roses – du jeu.

« Lady Bird », puisque c’est ainsi que Christine Mc Pheron (Saoirse Ronan) a décidé de s’auto rebaptiser (ce qui n’est pas rien dans une institution scolaire catholique), est une jeune fille fébrile, pleine d’une énergie mélancolique, comme il se doit à cet âge (et parfois tout au long de la vie). Sans cesse en recherche et en mouvement, elle est effectivement comme un oiseau qui chercherait un ailleurs où se poser. « Lady Bird », un corps humain sur une tête d’oiseau, ou l’inverse.

A un âge qui dessine plus précisément les contours qui enserreront une existence à venir, elle se cogne beaucoup contre sa mère (« warm and kinda scarry ») pour laquelle elle a une affection débordante. La manière avec laquelle est dépeint ce lien filial est fine et particulièrement réussie. On regrette seulement que l’excès drolatique de la séquence d’ouverture ne se réitère pas, ce qui aurait pu donner un peu plus de culot au film (la fille saute brusquement de la voiture en marche après s’être disputée avec sa mère).

Les rapports mère – fille se conjuguent donc de manière assez prévisible, entre disputes dans la cuisine et shopping de fringues (plus charmant, les visites à deux de belles demeures à vendre, en parfaite connaissance de cause de l’incapacité de les acheter, juste pour s’occuper à rêver ensemble en somme).

Ce rapport conflictuel existe aussi avec le lycée confessionnel, probablement fréquenté depuis la plus tendre enfance, ce que le générique – très réussi – induit en décrivant par le menu la journée des écoliers en son sein. Christine Lady Bird n’y manque pas les occasions de se faire remarquer, entre spectacle de l’école et répartie efficace à la conférencière venue expliquer aux jeunes filles que l’avortement, c’est mal.

Mais malgré tout, la Mère Supérieure est un être tout à fait espiègle et malicieux qui comprend fort bien la gamine en face d’elle et l’épaule délicatement et tendrement. Là aussi, on pourrait crier à la caricature mais qui n’aurait pas rêvé d’une telle conseillère d’orientation.

Enfin, le tremblement qui agite le plus ces âges réside évidemment dans les infortunes du cœur, qu’elles soient amicales ou sensuelles. Notre héroïne y connaîtra quelques cruelles désillusions, mais ce qui lui arrive – et qui est décrit comme finalement banal - relève de la nécessité de faire ses expériences, celles qui la feront gagner en compréhension du monde et de ceux qui l’arpentent.

Film un peu sage sur une jeune fille qui ne l’est pas tellement, il résiste à toutes les critiques aigres par une vivacité de mise en scène, une interprétation sans failles et des dialogues ciselés. Greta Gerwig, l’actrice ici devenue réalisatrice, signe un film probablement autobiographique, qui parvient à refléter sa propre grâce, maladroite et charmante.

Sébastien Bourdon

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