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La Belle Personne

jeudi 22 novembre 2018, par Sébastien Bourdon

La veille encore de cet incompréhensible accident, Catherine m’avait écrit se réjouir d’avance d’être à mes côtés au Conseil d’administration le lundi suivant à l’Espace 1789.

Le propos de Catherine était sans doute ici un peu hyperbolique, on se voyait si souvent, simplement les vicissitudes de l’existence lui avaient fait plusieurs fois manquer cette réunion récurrente.

Car oui, il y a des gens qui peuvent se réjouir de se voir à un Conseil d’administration et Catherine en faisait partie. Catherine pouvait se réjouir de tout, et nous emmener dans cet exact univers là, aussi rétifs ou grognons puissions-nous être.

« Mieux, c’est pas possible » avait-elle coutume de dire aux gens qui s’enquéraient de son état. Et pourtant, que de souffrances et fêlures elle a ainsi pudiquement dissimulées. Et même lorsque dans des cercles plus restreints, elle confessait quelques peines ou inquiétudes, c’était toujours de manière à ne jamais les faire peser sur autrui, y ajoutant invariablement de l’humour ou une légèreté mélancolique.

J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai eu beaucoup de Catherine Charmet ces dix dernières années. Des repas, des apéros, des sorties, des trajets à vélo, et puis alors que la ville abattue ne parle plus que d’elle, se souvenir qu’il était impossible de ne pas la croiser régulièrement un peu partout à Saint-Ouen, pour de courtes et impromptues rencontres, souvent drôles et lumineuses. Même sur les réseaux sociaux, ses interventions comiques et chaleureuses la rendaient indispensable.

Je crois pouvoir dire que nous nous aimions beaucoup, comme des amis qui auraient pu faire partie de la même famille. Notre conversation sur tous les supports contemporains possibles ne s’est jamais interrompue et même au contraire, l’adversité, les accidents de la vie, nous avaient encore rapprochés.

Catherine était une présence naturelle : un recours précieux dans les moments difficiles, et comme une évidence enthousiaste pour aller au cinéma et au spectacle (à l’Espace 1789 évidemment), ou manger un morceau. Et boire une bière !

Je n’ai toujours pas admis que son rire inextinguible et communicatif ait été cruellement effacé. Au dernier dîner à la maison, il y a à peine quelques jours, elle est repartie avec une bouteille de vin vide pour la jeter au conteneur, réalisant l’avoir toujours dans les mains une fois arrivée chez elle, et évidemment, en riant.

Je n’arrive pas du tout à réaliser qu’elle n’est plus là, cela reste inconcevable et inacceptable. Alors je pense à elle, comme attendant de désormais impossibles nouvelles.

Sébastien Bourdon

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