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Hellfest 2018 - 22, 23 et 24 juin 2018

mardi 26 juin 2018, par Sébastien Bourdon

Persistant Motherfuckers

Jour 1

Le jour du départ, sur mon vélo, un type m’interpelle : « wow, formidable la veste à patchs !! »
Je lui réponds, souriant de cet avis esthétique pourtant discutable : « Merci, c’est pour faire de la lecture aux cyclistes arrêtés au feu rouge ».
« En plus, il y a Scorpions ce week-end ! » ajoute t’il.
« Désolé, je ne peux pas, j’ai Hellfest »fut ma conclusion avant de reprendre la route.

Dans la ligne 13 qui mène à la gare Montparnasse, un type porte un hoodie Hellfest, sous lequel il arbore un teeshirt Hellfest... on ne doute guère de sa destination.

Arrivés sur le site ensoleillé, la pelouse - à ce stade encore verte - est zébrée de files d’attente pour... le merch officiel du Hellfest. Cela semble un peu étrange quant l’accès sur le site est devenu maintenant si facile de se précipiter pour faire la queue.

Le Chris Slade Time Line (ex batteur d’ACDC) occupe la Mainstage et livre une interprétation embarrassante de « Confortably Numb » des Pink Floyd. Heureusement, ce néanmoins sympathique combo de bric et de broc relance la fin de son set avec un « Thunderstruck » d’ACDC nettement plus convaincant. Mais la vache, ils sont laids.

Petite nouveauté, le sol est maintenant bétonné devant les Mainstage, on ne verra donc plus tournoyer la poussière lorsque la sauvagerie envahira la fosse. Il est également probable que ce revêtement refroidisse un peu les slammers, les chutes pourront être sévères.

Changement radical de style avec le supergroupe prog Sons of Apollo : un set de batterie qui remplirait un F3, une basse ET une guitare double manche, et beaucoup de notes (trop, indéniablement).

Le boogie punk de Rose Tatoo à suivre, si légèrement poussif qu’il soit, semble bien rafraîchissant après une telle prestation. Il rappelle à juste titre que les gentils garçons ne font pas de rock n’ roll. Même si leur chanteur ressemble étrangement à mon prof de yoga (en beaucoup plus tatoué).

La brutalité radicale de Converge ou un concert sous la Valley, mais trop tard, c’est déjà fini (c’était quoi d’ailleurs ?). Le planning de ce premier jour se révèle compliqué, phénomène qui se répétera par la suite...

On s’essaye à Joan Jett, la star de nos boums d’antan. Et c’est très frais, festif et joyeux, la foule, bien plus nombreuse, ne s’y trompe pas. Joan a encore de la voix et fière allure, même si quelques travaux esthétiques l’empêchent de cligner correctement des yeux. Son groupe est jeune et dynamique, mais très mal coiffé, et le vieux monsieur lymphatique au clavier doit être au moins son père.

Assister à un concert de Meshuggah en plein soleil, c’est être plus encore abasourdi par la brutalité mathématique et arithmétique de leur musique. Leur puissance alambiquée et terriblement lancinante ne baisse jamais en intensité rageuse. Le concert qui nous fait enfin rentrer sérieusement dans le festival.

Petite pause et retour sur la Mainstage, avec un timing impeccable : Europe y conclut son set avec « The Final Countdown ». Hurlé par des dizaines de milliers de gorges déployées, cette scie radiophonique prend alors une sacrée allure.

Steven Wilson, pas forcément attendu en ces lieux avec son prog sophistiqué et intelligent, se révèle à la hauteur de l’enjeu, d’ailleurs la Mainnstage est fort bien remplie. La magie, la virtuosité et même l’humour viennent de se poser devant nous, avec toute la grâce nécessaire. Amusé de jouer en ces lieux, Steven portant tee-shirt noir, mais estampillé Miles Davis, organise une set-list inattendue (solo et Porcupine Tree), partant du principe qu’il est face à un public ouvert et aventureux. Seul regret, on en aurait voulu plus et encore.

« Hé ben alors, on ne va pas voir Johnny Depp ? » m’interroge un festivalier me voyant quitter la Mainstage pour d’autres lieux. Les Hollywood Vampires, dans lequel joue cette vedette de papier glacé est un groupe de reprises de luxe. Alice Cooper et Joe Perry (Aerosmith) sont en effet tellement contents d’être toujours vivants qu’ils reprennent des tas de morts (Bon Scott, Lemmy, Bowie...). Sinon, rassurons les midinettes, ne croyez pas la presse people, Johnny Depp est en pleine forme. Mais le groupe dans lequel il officie n’a aucun intérêt.

Eyehategod est présent tous les ans ou presque, ce qui explique une Valley un peu clairsemée (et probablement un embouteillage de bons concerts au même moment). Il y a dix ans, je m’étais inquiété de la santé du chanteur, mais finalement c’est le batteur qui est mort. Ils n’ont pas rajeuni, mais livrent toujours une musique aussi violente et poisseuse qu’un roman de James Lee Burke.

La nuit est propice à la merveilleuse noirceur de Satyricon. Pas l’ombre d’un sourire dans ces rythmiques martiales, pourtant, à l’écoute, on doit avoir l’air heureux de celui qui a bu juste assez pour ne trouver plus que du plaisir à être au monde. Comme le dira Satyr, racontant les déboires techniques qui ont failli empêcher ce concert : « just like you, we are persistant motherfuckers ».

Il est minuit, douze heures ont déjà filé, et douze coups sonnent pour annoncer Corrosion of Conformity, qui grimpe sur la scène avec un riff que l’on croirait tout droit sorti des aciéries de Birmingham. Un son un peu trop épais et brouillon empêche hélas de profiter pleinement de cette superbe déflagration. On s’y abandonne quand même, d’autant que la bonne humeur de Pepper Keennan (chant, guitare) est communicative. Sinon, nous sommes à son instar désolés de rater Judas Priest qui joue au même moment sur la Mainstage.

Juste avant de plonger dans la nuit, A Perfect Circle, avec sa musique aux arrangements sophistiqués et sa subtilité sonore fait un drôle de pendant avec notre concert précédent. Ce que nous avons perdu en proximité, nous l’avons gagné en perfection dans l’exécution. Un moment de poésie sombre et de grâce :
« Sit and talk like Jesus

Try walkin’ like Jesus

Sit and talk like Jesus

Talk like Jesus
 »

Jour 2

Quelqu’un se souvient il d’une journée de mauvais temps au Hellfest ? Ça n’existe plus.

L7, le groupe le plus cool de la Terre, d’ailleurs il n’est composé que de filles (à l’exception du batteur barbu, mais il remplace la taulière habituelle qui s’est cassé le bras). Drôles et punks, elles sont les seules à s’inquiéter avec le sourire de l’état des toilettes en ce deuxième jour. Sinon le programme est lapidaire : « Let’s blow up some speakers, shall we ?! »

Rendez vous sur la Warzone, car s’y produit un combo chaudement recommandé par les bonnes gazettes : Turnstile qui, s’il ne révolutionne pas le style, n’en manque pas (de style). La belle fougue de la jeunesse charme, mais on s’inquiète : ne devraient-ils pas être en train de réviser leur bac ? En tout cas, l’après-midi sera brutal ou ne sera pas.

Jeune groupe de hardcore fabriqué avec des vieux (Biohazard, Cypress Hill), Powerflo semble malgré tout un peu surdimensionné pour la Mainstage. Indéniablement efficaces et rodés, nos californiens font malgré tout le job, ce que l’on peut ressentir plus pleinement en s’approchant plus près de la scène.

A la recherche d’ombre et de variations de tempo, la Valley s’impose, d’autant que c’est une première, elle accueille le hip-hop expérimental de Dälek. Pas de fioritures, aucune intention festive, mais cette musique donne malgré tout un peu envie d’onduler en rythme. Le problème réside plutôt dans la mise en son, véritablement épouvantable.

Retrouvailles avec les délicats Terror sur la Warzone. Ils sont aussi fidèles que nous au Hellfest, mais en beaucoup plus sauvages et teigneux. Format court, hurlements, ralentissements, il n’est pas prévu d’en sortir sans avoir été préalablement soigneusement concassé.

La foule s’agglutine devant la Mainstage 2, résistant courageusement aux abominables Bullet For My Valentine en train de brailler sur la scène voisine. Il est vrai que Body Count signe ce soir ses retrouvailles avec Clisson, après une prestation en 2015 qui avait permis de découvrir cruellement les limites physiques de la Warzone dans sa première version.

Après avoir massacré Slayer, le groupe poursuit avec son propre répertoire. Une fois joués quelques morceaux, on constate que ce groupe ne tient que par le charisme de son leader, et qu’il y a trop de monde sur scène pour ne finalement pas produire grand chose de convaincant.

Pris d’un ras-le-bol de la foule, du son médiocre, des diverses déclinaisons du hardcore, on décide d’aller enfin écouter de la musique : Enslaved sous la Temple. En un seul morceau, le groupe plie la concurrence : « Feel The Flame », et on en pleurerait tellement c’est beau. Tout le reste est à l’avenant, une musique intense, jouée avec la mélancolie nécessaire. Enfin, oubliées les vicissitudes de la journée et même, pour un bel instant, celles de l’existence.

Dead Cross sous la Valley permet un enchaînement idéal dans la qualité. Le groupe est notamment composé du Dieu de la batterie (Dave Lombardo, jamais fatigué) et du Dieu de la voix (l’infatigable Mike Patton). En habile complément à leur répertoire radical issu de leur unique album à ce jour, le groupe ajoute des reprises hallucinées des Stooges (« Dirt ») ou de Bauhaus (« Bela Lugosi’s Dead »). Durant ce dernier morceau, Patton repère un enfant dans la foule et le fait monter sur scène pour chanter avec lui.

Les festivités s’achèvent par une conclusion en forme de frustration joyeuse - un petit bout de « Raining Blood » (Slayer) et de « EPIC » (Faith No More) - qui nous rappelle l’essentiel : « you want it all, but you can’t have it ». L’exceptionnelle musique servie sur lit de mauvais esprit mérite que, le concert achevé, nous cessions là une nuit déjà bien entamée pour rejoindre nos pénates. Demain est un autre jour (et le dernier).

Jour 3

Pour ne pas commencer à la légère, être tout de suite dans le vif du sujet, The Bronx est le client idéal : sauvagerie hardcore et rock n’ roll. Le leader a l’enthousiasme communicatif et les compositions sont aussi solides que le sol sur lequel on danse. De la bien belle bagarre pour les grands et les petits (mais qui s’interrompt naturellement au premier sang).

Un peu d’ombre s’impose, prenons là légèrement enfumée sous la Valley avec Nebula. Stoner de bon aloi, pas d’une originalité folle, mais qui donnerait presque envie de se mettre au skateboard (pour la drogue, on est trop vieux).

Malheureusement, et c’est un phénomène récurrent sur cette édition, s’ensuit un nouveau trou dans la programmation, un vide, un ventre mou. Est-ce dû à de malheureux télescopages calendaires, à des choix d’artistes hasardeux, toujours est-il qu’on a parfois erré, avec du temps devant soi.

Et puis le miracle se produit sous la Valley (comme souvent), quelque chose qui vous amène devant la scène, en transe, pour une musique dont vous ignoriez tout cinq minutes avant : Zeal and Ardor. Trois chanteurs, des voix comme dans un chœur gospel, mais sur lequel se plaquerait du death metal, des grooves lancinants et des envolées lyriques. Un Alt-J qui ferait dans le satanique en somme.

Notre équipée annuelle à Clisson va s’achever par un marathon sur les Mainstages : Megadeth, Alice In Chains et Iron Maiden, un tiercé dans l’ordre.

En m’y rendant, j’ai croisé mon marchand de légumes, estampillé agriculture raisonnée de proximité : il ne vient pas avec nous, il préfère Baroness et Sceptic Flesh. On en parlera sans faute dimanche prochain au marché.

Dave Mustaine, le grognon du métal ouvre le bal, avec un son laissant cruellement à désirer. Mais l’équipe Megadeth du moment est efficace et il est appréciable de retrouver un peu du thrash old school qui a manqué sur cette édition (oui, il y avait Exodus, mais il était tard et on était fatigués).

Alice In Chains en terre française, il était plus que temps. Toutefois la qualité du son laisse à croire que tout le bénéfice de l’association Hellfest Production généré l’an passé a été réinvesti dans les pavés.

Mais cette si longue absence est enfin récompensée avec des morceaux que l’on se languissait d’entendre en concert depuis fort longtemps et qui sont joués avec un enthousiasme sans fioriture, William Duvall (chant, guitare) prouvant qu’on peut très bien remplacer un mort.

Cette édition parfois en demi-teinte ne nous aura quand même pas laissés sans une apothéose finale : Iron Maiden. Comment ce groupe dans le circuit depuis si longtemps parvient-il à donner une telle impression de fraîcheur, jusqu’à laisser penser qu’ils jouent de mieux en mieux ? Nicko Mc Brain (batterie) vient de fêter ses 66 ans !

Quant à Bruce Dickinson (chant), il nous a tous couchés : la voix n’est jamais prise en défaut et il semble émerveillé de s’amuser encore autant, de cette joie qu’il procure à son public, à la tête de cet orchestre toujours incroyablement vivant qu’est Iron Maiden.

Dans le train du retour, un anglais enthousiaste me dira de ne pas me fatiguer à aller voir un festival en Angleterre : c’est moins bien. On veut bien le croire.

Sébastien Bourdon

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