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Eloge - inattendu - du ballon rond

samedi 9 juillet 2016, par Sébastien Bourdon

La première – et seule – fois où ma mère m’a inscrit à un entraînement de football, j’ai fini par quitter le stade en pleurant. J’en conserve un souvenir de masculinité triomphante de laquelle j’étais résolument exclu. Si on résume, personne ne voulait me passer la balle, et c’est à peine si on voulait bien me laisser garder les cages (mon poste pourtant attitré à la récré).

Mon expérience de footballeur pratiquant s’est donc arrêtée là. Quoique en cherchant bien, je conserve un souvenir de chaude journée d’été en montagne et d’une partie endiablée au bord de la rivière.

Qu’en est-il du supporter (pour ceux que cela intéresserait) ? Comme tout quarantenaire bien tassé (mais qui s’efforce de se tenir droit), je nous revois atterrés dans le canapé familial face à la charge brutale de Schumacher sur Battiston, en 1982 à Séville. Un événement télévisuel qui s’est inscrit à jamais dans ma mémoire, aux côtés de la victoire de Mitterrand et de l’assassinat de Sadate. Ce n’est pas seulement l’écran qui s’est ainsi imprimé dans mon cerveau, c’est l’atmosphère, le lieu, le ressenti collectif.

Ceci posé, ce dramatique événement n’a nullement fait de moi un fanatique de ce sport populaire, me renvoyant à une relative mâle solitude quand jusque sur la grande muraille chinoise un local était venu m’entreprendre de Zinédine Zidane. Je n’y connais rien ou pas grand chose, je le vis et l’ai même déjà écrit.

Bêtement, je n’en ai même pas profité pour coucher avec vos femmes quand vous étiez au stade.

Je suis la honte de mes fils.

En vrai « footix », espèce tant décriée par nombre de mes contemporains obnubilés par le ballon rond, je n’ai donc vibré que très occasionnellement. En 1998 notamment, où nous défilâmes victorieux, mais en tout petit nombre, dans les rues de Dompierre sur Charente, bourgade perdue au bord de la Charente (Maritime).

Je m’offusque un peu quand même de cette omniprésence médiatique. Il semble que lorsque déboule un ballon, plus rien d’autre n’a d’importance. Le spectacle est d’autant plus désolant que ruisselle un argent roi et fou sur ces types horriblement mal coiffés et dont les démonstrations de bêtise sont souvent abyssales. La virilité qui s’exile fiscalement et roule en Ferrari avec des blondes siliconées, au détriment du langage et de l’élégance.

De toute façon, on ne peut pas s’intéresser à tout, il est scientifiquement démontré l’impossibilité d’y arriver en une seule vie.

Alors que les chambres de mes fils bruissaient de l’arrivée de l’Euro, j’ignorais donc jusqu’à l’identité de la majorité des joueurs français (sans parler des autres nationalités en jeu, j’ai quand même par exemple découvert que la Turquie participait à la compétition). J’ai vu l’essentiel des rencontres en passant devant l’ordinateur familial devant lequel mon fils aîné avait pris racine les soirs de match.

J’étais pour les islandais, je les trouvais frais (ça doit être dû au climat local). Mais j’étais quand même content qu’on les batte.

Et puis est arrivée la demi-finale. Je me suis réveillé le matin de l’événement en me disant que ce pays avait bien besoin d’un peu de réconfort et comme tout le monde – enfin la frange de la population qui a bien plus de vingt ans - j’ai pensé à Battiston.

Et le match fut haletant, mais je vais m’abstenir de trop le commenter, si ce n’est qu’il m’a semblé que les allemands jouaient mieux, mais qu’on a gagné quand même, sans doute parce que l’équipe tricolore avait la grâce, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Ils semblaient si bien ensemble.

J’ai également noté que Giroud ressemblait furieusement à un hipster du centre de Paris, que Samuel Umtiti avait un nom rigolo mais un jeu sérieux et que Hugo Lloris était un bien meilleur goal que moi dans la cour de récré de l’école Pasteur à Montmorency.

J’ai prêté attention à la nouvelle icône française, Antoine Griezmann. Faisant fi de la domination teutonne, il a, par deux fois, envoyé le ballon au fond des cages. Ne nous mentons pas, c’était sacrément bon.

Et puis, je me suis souvenu que sa sœur était au Bataclan le 13 novembre 2015, quand pour sa part, il jouait le même soir sur la pelouse du Stade de France. Et tout d’un coup, ses danses de victoire après avoir marqué m’ont semblé infiniment plus signifiantes.

Dans le film « Timbuktu » d’Abderrahmane Sissako, la plus jolie scène est sans doute celle où les types continuent à jouer au football, nonobstant l’interdit islamique, mais sans ballon, tentant d’en imaginer les mouvements à la suite de leurs frappes dans le vide.

On ne gagnera peut-être pas la coupe, mais le boulot aura été fait, on tape encore bien dans un vrai ballon (et le rock n’ roll ne mourra jamais).

Sébastien

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