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« El Reino » de Rodrigo Sorogoyen

dimanche 5 mai 2019, par Sébastien Bourdon

Fraus Omnia Corrumpit

Au bord d’une mer qu’on devine méditerranéenne, un homme prend un appel téléphonique. Il est comme figé sur la plage, son portable à la main, dans une tension que seule la musique rend éventuellement palpable. Et puis, il marche à grands pas vers le restaurant, la caméra ne manque aucun de ses mouvements alors qu’il rejoint une tablée de gens qui semblent surtout marqués par l’opulence.

Dès le départ, deux éléments essentiels sont posés, nous ne quitterons jamais Manuel Lopez Vidal (Antonio de la Torre) et l’inquiétude ira crescendo. Le protagoniste principal est un homme politique, probablement un élu régional, quoique le film reste très évasif sur les rôles et fonctions de chacun, se contentant de nous faire plonger dans un système de corruption et concussion, sans forcément en détailler les rouages.

L’histoire commence quand le système qui l’a fait roi se délite, avec l’arrestation d’un des siens, menaçant à plus ou moins court terme sa propre liberté. Mais depuis trop longtemps dans ce jeu de dupes et en maîtrisant parfaitement les tenants et aboutissants, López Vidal ne veut pas tomber, et en tout cas pas tout seul.

Commence alors une course contre la montre pour réunir ce qu’il faut comme preuves de culpabilité des autres, afin de s’en tirer soi-même.

Rarement caméra n’aura autant collé un personnage de si près dans sa quête (dans un genre différent, on pourrait penser au « Rosetta » des frères Dardenne - 1999).

D’abord relativement solide et déterminé, l’homme se délite progressivement, additionnant les idées ou stratégies catastrophiques. Il ne se dépare toutefois jamais de sa rage pour la survie, dans un contexte de plus en plus hostile et violent.

Le film, haletant et formellement très réussi, est un produit de l’époque, avec une mise en scène mêlant virtuosité technique et efficacité scénaristique, mais conservant une certaine sécheresse dans le propos.

Relativement confus et déroutant au départ, il devient vite ce train dans la nuit qu’invoquait Truffaut (« Les films avancent comme des trains dans la nuit. »). Il gagne ainsi en efficacité et en tension, jusqu’à une scène finale qui ramène au questionnement moral seulement effleuré jusqu’alors.

L’œuvre, bien qu’éludant la profondeur de son sujet, tient formidablement le pari de son dispositif, plus encore grâce à un exceptionnel acteur principal, le définitivement assez extraordinaire Antonio de la Torre.

Sébastien Bourdon

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