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« Chambre 212 » de Christophe Honoré

jeudi 24 octobre 2019, par Sébastien Bourdon

La Collectionneuse

Maria (Chiara Mastroianni), professeur de droit approchant une cinquantaine fraîche et pimpante, trompe le risque d’ennui - et accessoirement son mari Richard (Benjamin Biolay) - avec des étudiants de passage. Dès la première scène du film, que l’on croirait extraite d’une pièce de Labiche ou Feydeau - la femme derrière le rideau - il y a comme une vivacité joyeuse et un peu cruelle.

Rentrée chez elle retrouver son époux de longue date, la femme infidèle prend une douche durant laquelle, catastrophe contemporaine, son téléphone laissé dans la cuisine s’illumine de messages énamourés de l’amant tout juste quitté. Le mari abasourdi commence par régler le sort du téléphone et sombre silencieusement dans la perplexité.

L’aveu fait, il confirme qu’il n’en revient pas, quand de son côté elle pensait qu’il s’en doutait. Elle le laisse à son chagrin et quitte le domicile pour prendre une chambre à l’hôtel en face, la 212 (sortez vos codes civils, il n’y a pas de hasard). Il l’ignore, mais elle l’observe, avant de se retrouver elle-même rapidement débordée par des apparitions plus ou moins oniriques.

Ainsi la rejoignent en cet espace, entre autres, Richard jeune (Vincent Lacoste), mais aussi sa mère et grand-mère, la professeure de piano de Richard (Camille Cottin, très bien), sa volonté... et ses nombreux amants.

Chacun aura son mot à dire sur la situation de l’héroïne et sur ces années passées, les joies, les manques et les peines, ce qui a fui, ce qui reste et ce qui, peut-être, adviendra.

Le film est merveilleux sur la forme comme sur le fond. Christophe Honoré fait preuve d’une maestria de cinéaste accompli pour nous plonger dans les fantasmes et rêveries de ses protagonistes.

Tout est ainsi virevoltant et poétique dans ces intérieurs à la géographie mouvante, à l’image des flux mentaux des personnages. On est ici, on est ailleurs, l’espace temps est étiré ou raccourci et le présent ne cesse de se mélanger au passé.

C’est le plus souvent drôle, mais aussi triste ou mélancolique, parfois même un peu inquiétant, telle une porte qui bat toute seule d’avant en arrière, ou un enfant qui quitte subrepticement les lieux pour partir sous la neige.

En filigrane se dessine un très beau portrait de femme, sans aucun jugement, tout le monde fait ce qu’il peut, elle comme nous autres.

Sébastien Bourdon

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