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« Call Me By Your Name » de Luca Guadagnino

Words, don’t come easy

mercredi 21 mars 2018, par Sébastien Bourdon

« Call Me By Your Name » de Luca Guadagnino

L’été italien, au début des années 80, un adolescent, Elio (Timothée Chalamet), s’éprend d’un jeune universitaire américain, Oliver (Armie Hammer), qui séjourne chez ses parents dans le cadre de recherches savantes.

Si Elio présente une aisance assez inhabituelle pour un garçon de son âge (17 ans), il est ici quelque peu décontenancé et distancé par ce nouvel arrivant. Le jeune diplômé, à la bonne santé éclatante et au naturel confondant, est en effet aussi à l’aise auprès de ses hôtes qu’avec le personnel de la demeure, les vieux du village voisin ou les filles de la boîte de nuit locale, ne manquant jamais de quitter les lieux d’un sonore « later ! ».

L’adolescent, pianiste émérite et enfant de parents polyglottes et brillants, voit ainsi ses tentatives d’approche finalement tancées d’un moqueur « is there anything you don’t know ? » qui, le déstabilisant, le poussera à révéler son désir. Face à cette pulsion, il se trouve ainsi une audace inattendue, malgré une gaucherie certaine. Quand il se sentait si fort face à la jeune fille désirante, face à Oliver, pris dans une évidence de sentiments, il ne peut qu’être renvoyé au cruel Pavese : « n’importe quel amour nous révèle dans notre nudité, misère, impuissance, nullité. »

Mais dans un monde où le temps semble s’écouler sans contraintes ni obligations, où l’on aura toutes les routes de l’été pour se découvrir, cet amour se concrétisera, avec la belle ardeur d’une jeunesse dévorée par le désir.

Là où le film surprend, c’est dans son étonnante capacité à surmonter l’obstacle qu’il s’est lui-même créé. On pourrait appeler cela une débauche de clichés. Tout est beau, le paysage comme la résidence somptueuse, mais c’est normal, nous sommes en Italie. Les habitants des lieux parlent toutes sortes de langues et ne confèrent que de culture savante. On teste ainsi les nouveaux arrivants dans la maisonnée par leur connaissance étymologique du mot « abricot », on lit en allemand dans le texte des romans français du XVIème siècle que l’on traduit en anglais pour la joie de la famille lovée dans le canapé. Et on est évidemment extrêmement ouverts et tolérants, qu’il s’agisse de la politique italienne ou de l’homosexualité.

Toujours sur la forme, les décors du film font même maintenant l’objet d’un article dans AD MAGAZINE, la musique est notamment signée de Sufjan Stevens (mais encore John Adams ou Ravel) et le scénario est signé de James Ivory. L’intelligentsia occidentale se sentira donc comme chez elle (en mieux) et j’aurais volontiers déménagé en Lombardie dès la sortie de la salle obscure, si lumineuse pendant un peu plus de deux heures.

Et pourtant, le film échappe totalement à la caricature, sur l’écran, comme dans la vie probablement, ces gens existent.

Surtout, par mille signes, plus ou moins flagrants, le réalisateur donne corps, et même chair, à cette histoire d’amour, aux affres du sentiment comme aux tourments du corps désirant, que la pulsion vitale s’exerce sur les femmes, les hommes ou... les pêches.

Le film s’appesantit peut-être un peu trop dans la contemplation enchantée de ce qu’il montre, il n’en demeure pas moins qu’on en sort les yeux humides, cueilli comme un fruit d’été dans un jardin d’Italie.

Sébastien

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