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All I Want for Christmas

dimanche 25 décembre 2016, par Sébastien Bourdon

A quelques jours de la célébration de Noël, Colmar, ville semble t’il déjà envahie si souvent de hordes touristiques durant l’année, atteint des pics de fréquentation terrifiants. Il y a des gens partout, on ne peut flâner le nez en l’air, à regarder les jolies façades à colombages, on risquerait de se cogner à ses semblables. De nos jours, le touriste semble plus débordé encore que le travailleur.

Ces villes dont la beauté a miraculeusement plutôt pas trop mal survécu à la violence du XXeme siècle sont finalement progressivement ensevelies dans la laideur et la niaiserie consuméristes.

La première étape, c’est la muséification de la cité historique, la suivante, c’est la marchandisation. Les mots décrivants ces phénomènes sont intrinsèquement laids, trahissant leur infinie tristesse.

Le point de non-retour de l’attrape gogos et du désenchantement du monde est atteint avec les "marchés de Noël". Si l’on en trouve maintenant jusque sur les Champs Elysées, à l’Est, rien de nouveau, il semble que cela soit une tradition ancestrale (Eguisheim, Obernai...) quand ce n’est devenu plus rien d’autre que le symbole achevé de la disparition de la rêverie.

Cabanons de bois par dizaines dans lesquels on vend des produits moches, manufacturés en Asie, ici revendus à des chinois qui auraient donc pu les acquérir plus près de chez eux, et pour moins cher.

On se désole du plastique sur les plages, mais c’est exactement là que les lointaines marées viennent le chercher.

Est-ce trop demander que le retour des jouets en bois, des chaussons en peau de mouton, des bijoux faits main et des bouquets de fleurs sèches ? Bizarrement, c’est dans notre bonne ville du 93 que l’on a vu fleurir ce type exact de proposition commerciale au charme suranné, mais indispensable pour que soit un tantinet respectable le concept du "marché de Noël".

On se sent un peu idiot avec sa recherche d’autre chose - évitons d’utiliser le terme "authentique", terriblement galvaudé, il semble que chacun l’imagine à sa portée, quand c’est si rare. Toute résistance à la déprime est en réalité un peu futile, le combat est perdu.

Mais on peut s’amuser à se battre quand même et assumer son snobisme. Il reste bien un bouquiniste en ville, que le probable boom immobilier n’a pas encore chassé, où trouver de bonnes BD, des livres pour les petits et une jolie édition des voyages italiens de Stendhal. Ces biens précieux entre les mains, fendre la foule et aller se cacher pour lire les mondes anciens.

Ou alors, reste la visite des musées. A la capitale, il y a toujours trop de monde, c’est pénible. Il semble que les voyageurs fussent à Colmar trop occupés à consommer avant de remonter dans leur car, on a pu donc contempler très tranquillement le retable d’Issenheim (musée Unterlinden), sans attente, ni gêne.

Tant qu’il y a de la vie, il y a - un peu - d’espoir, c’est la magie de Noël.

Dans les rues de Colmar, un 23 décembre, deux vieux bien peignés discutent, "Jean-Luc, tu viens chez Lucien ce soir, y aura du bon rock n’ roll ?"

Joyeux Noël !

Sébastien

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