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Dans la brume électrique

mercredi 22 avril 2009

La première bonne idée pour un cinéaste français établi qui veut tourner aux Etats-Unis, c’est de le faire en Louisiane. Le clin d’œil est sympathique, tout le monde s’appelle Doucet, Robicheaux et autres… Mais de français, il n’y a finalement rien qui saute aux yeux dans cet opus, en revanche, de la maîtrise et de l’élégance, ce n’est pas ce qui manque.

La deuxième idée est simple : tant qu’à se plonger dans la moiteur étouffante de la Louisiane, autant y tourner un polar avec ce qu’il faut comme rebondissements et personnages hauts en couleurs (John Goodman nom de Dieu !!). Ce qui fait un bon polar, ce n’est d’ailleurs pas tellement l’histoire, mais le lieu (par exemple, les réserves indiennes de Tony Hillerman) et les caractères (n’importe quel flic chez James Ellroy).

Pour ce qui est du site tout d’abord, ce sont les marécages louisianais qui charrient tout ce qu’il faut comme cadavres et fantômes (esclavage et guerre de Sécession, plus récemment Katrina). L’irruption de ce passé que d’aucuns voudraient oublier (enterrer), vient bousculer les personnages, l’histoire et même étrangement le film, lui donnant rythme et originalité.

S’agissant des personnages, le casting est impeccable, pas une faute de goût. D’abord un acteur, Tommy Lee Jones qui reproduit un peu ici, sans distance humoristique, le flic qu’il incarnait chez les Cohen dans No Country For Old Men. On avait prévenu Tavernier en des termes similaires, « il n’aura pas le 1er prix de camaraderie, mais ta caméra sera amoureuse de lui ». Et c’est exactement ça. Qui d’autre que lui pour incarner le fait d’être parfaitement désabusé par le marécage qu’est une vie humaine ? Eastwood peut-être, mais ce dernier a toujours, même loin, un sourire en coin. Tommy Lee Jones, il n’est pas là pour rigoler. Parfois même, il cogne. Et pour le spectateur, quelle présence. Ce type irradie littéralement, on voudrait qu’il ne sorte jamais du champ. Il a inscrit son nom en 2005 dans « ma liste des plus beaux films du monde » avec Trois Enterrements (qu’il a lui-même réalisé). Si vous ne l’avez pas vu, c’est tout simplement une honte.

Tavernier, qui est un garçon quand même pas mal branché cinéma américain et direction d’acteurs, est ici à son affaire. Il a une Rolls, non, une Cadillac à conduire et il s’installe au volant avec autant d’attention que de délectation. A Tommy Lee Jones, il adjoint une distribution chic mais pas hype, avec notamment les musiciens Buddy Guy et Levon Helm (batteur de The Band, excusez du peu) et une distribution féminine de rêve. Je n’évoquerai que Mary Steenburgen qui joue la femme de Tommy Lee Jones et qui est tout simplement sublime, sa beauté élégamment fanée la rend parfaitement sensuelle et délicate. Leur – vieux – couple est d’une justesse absolue et on se voudrait vieillir comme ça. On aurait une grande maison de bric et de broc en pleine nature, loin des turbulences humaines, on bricolerait et on pêcherait des black bass en devisant sur l’absurdité du monde. Et de temps à autre, on ferait l’amour, presque comme au 1er jour.

Finalement, je crois que je préfère les films réalisés par des vieux, ça colle mieux à ma vision des choses. Savoir si je dois m’en inquiéter est une autre histoire.

Sébastien Bourdon

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